Chronique mensuelle — Philippe Asselin, courtier hypothécaire · Lecture : 5 minutes
L’essence grimpe à cause d’un conflit au Moyen-Orient, le Québec perd des emplois et le protectionnisme américain secoue nos usines. Pour ceux qui ont connu le début des années 1980, le scénario a un air de déjà-vu. Alors, sommes-nous de retour en 1981? Ma réponse : non, pas dans les chiffres. Mais à mon avis, nous sommes plus vulnérables aujourd’hui qu’on ne le pense, pour deux raisons que les statistiques officielles cachent en partie.
Ce qui rappelle 1981
Trois éléments font penser au début des années 1980.
- Un choc pétrolier venu du Moyen-Orient. En 1979, la révolution iranienne avait fait exploser le prix du baril. Aujourd’hui, un nouveau conflit dans la région fait grimper l’essence de 23 % en un an au Canada, et l’énergie de 15 %.
- Un marché de l’emploi qui fléchit. Le Québec a perdu 49 000 emplois en septembre et 130 000 depuis janvier. Son taux de chômage est passé de 5,2 % à 6,0 % depuis le début de l’année.
- Une industrie sous pression. Au début des années 1980 s’amorçait la désindustrialisation de l’Amérique du Nord. Aujourd’hui, les tarifs américains pèsent à nouveau sur notre secteur manufacturier.
Ce qui est très différent
Les chiffres, eux, n’ont rien à voir avec ceux de l’époque.
| Indicateur | 1981-1982 (sommet) | Octobre 2026 |
|---|---|---|
| Taux directeur de la Banque du Canada | environ 21 % | 2,25 % |
| Taux hypothécaire fixe 5 ans | plus de 20 % | environ 4,5 % à 5 % |
| Inflation annuelle | environ 12 % | 3,0 % |
| Taux de chômage au Canada | près de 13 % | 6,5 % |
En 1981, l’inflation était installée partout dans l’économie. La Banque du Canada a dû pousser les taux à des niveaux extrêmes pour la casser, au prix d’une récession sévère. Aujourd’hui, sans l’essence, l’inflation canadienne n’est que de 2,4 %. Personne ne s’attend à revoir des taux à deux chiffres.
L’inflation que vivent vraiment les familles
Voici la première raison de ne pas se réjouir trop vite. Le chiffre officiel de 3 % est une moyenne. Il mélange l’épicerie et le loyer avec des téléviseurs et des vêtements, dont les prix baissent souvent.
Or, une famille de classe moyenne consacre une grande partie de son budget aux essentiels : se nourrir, se loger, se déplacer et se chauffer. Et c’est là que ça fait mal.
- L’énergie : +15 % en un an, dont +23 % pour l’essence.
- L’épicerie : la hausse annuelle a ralenti à 2,8 %, mais le panier coûte environ 27 % de plus qu’il y a cinq ans. Les prix ne redescendent pas; ils montent simplement moins vite.
- Le logement : les loyers augmentent encore de 2,8 % par an. Pour un propriétaire qui renouvelle en 2026 un prêt fixe de 5 ans signé en 2021, le paiement grimpe en moyenne d’environ 20 %.
Pendant ce temps, le salaire horaire moyen n’a progressé que de 2,3 % en un an. À mon avis, c’est là que se trouve la vraie ressemblance avec 1981 : le sentiment que le coût de la vie avance plus vite que le chèque de paie.
Le vrai risque : des taux en yoyo
La deuxième raison, selon moi, c’est le risque d’entrer dans une période où les taux montent et descendent au gré des chocs. On l’a déjà vécu : le taux directeur est passé de 0,25 % à 5 % entre 2022 et 2023, puis il est redescendu à 2,25 % en 2025.
Aujourd’hui, la Banque du Canada est tiraillée. D’un côté, l’emploi recule et plaide pour une baisse des taux; sa prochaine décision tombe le 28 octobre. De l’autre, l’énergie entretient l’inflation. Et même si la Banque baisse son taux, les taux fixes peuvent ne pas suivre. Ils dépendent des obligations du gouvernement, et le rendement à 5 ans tourne autour de 3,6 %, près de son sommet de l’année.
Ce qui rend ce yoyo dangereux, c’est la dette. En 1981, les taux étaient énormes, mais les ménages devaient beaucoup moins par rapport à leur revenu. Aujourd’hui, les Canadiens doivent en moyenne 1,76 $ pour chaque dollar de revenu disponible. Avec des prêts aussi gros, une hausse d’un ou deux points peut faire aussi mal qu’une hausse de cinq points à l’époque.
Ce que ça change pour vous
Inutile de paniquer : nous ne reverrons probablement pas les taux de 1981. Mais dans un monde où les taux peuvent faire le yoyo, quelques réflexes valent de l’or.
- Testez votre budget avec un taux plus élevé. Demandez-vous si vous pourriez absorber un paiement 15 % à 20 % plus haut au prochain renouvellement.
- Choisissez votre terme en fonction de votre situation, pas des manchettes. Fixe ou variable, 3 ans ou 5 ans : la bonne réponse dépend de votre marge de manœuvre, pas des prédictions.
- Préparez votre renouvellement six mois à l’avance. Plusieurs prêteurs permettent de réserver un taux plusieurs mois avant l’échéance.
- Ne signez pas la première offre de votre banque. Un courtier compare plusieurs prêteurs pour vous, sans frais.
Votre renouvellement approche, ou vous voulez savoir comment votre budget résisterait à une hausse de taux? Écrivez-moi; c’est avec plaisir que je ferai l’exercice avec vous.
Philippe Asselin, courtier hypothécaire · Axia Hypothèque · 418 473-9804
Ce texte reflète l’opinion de son auteur et est fourni à titre informatif seulement. Il ne constitue pas un conseil financier personnalisé. Données à jour en octobre 2026.

